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COULISSES D'ECRITURE

Aventures d’aventure

La publication du premier tome des « Chroniques du Monde-Hors » en avril 2020 suscite la curiosité car ce roman jeunesse de science-fiction n’est pas dans la lignée des feel-good que j’ai déjà édités. Pourtant, c’est le premier-né de mes romans aboutis. Avant, j’étais une grande productrice de nouvelles et d’articles, textes brefs et percutants. Alors, pourquoi et comment est né ce monstre épique de 1800 pages, que je suis obligée de publier en 6 volumes ? Je réponds à vos multiples questions.

Tout d’abord : la conception. Mes lecteurs me demandent souvent comment m’est venue l’inspiration des Chroniques, ce foisonnement de personnages, ces vastes univers. La réponse tient en un seul mot : l’asphodèle. J’étais en vacances en Corse au printemps et le maquis explosait de parfums et de fleurs. Je me suis dit : « Asphodèle, ça serait bien le prénom d’un petit personnage qui connaît le secret des plantes, utile au sein d’un groupe qui part à l’aventure à travers la Méditerranée devenue un désert. » 2006. J’ai acheté un petit cahier et j’ai commencé à écrire. Quatre ans, quatorze cahiers et 565 mille mots plus tard, je mettais un point final à la saga.

Au départ, il n’était pas question de trilogie, mais seulement des « Chroniques de Méditra » où un héros, l’orgueilleux et raciste prince des sables, vivrait une quête initiatique au cours d’un voyage dont le but était de lui faire rencontrer et accepter des personnes et des civilisations différentes de lui, ce qui lui permettrait de s’améliorer. Mon projet était pédagogique et écologique : une ode à l’ouverture d’esprit et à la conquête de soi, dans un univers futuriste dévasté par nos comportements actuels. Il y serait question de la résurgence des peuples à des degrés divers de développement, après une guerre mondiale dévastatrice. Certains auraient été préservés sous des dômes à l’épreuve de la radioactivité et de la couche d’ozone détruite, d’autres auraient réussi à subsister au « dehors » malgré les créatures monstrueuses et les éléments déchaînés : de « petits peuples » qui auraient atteint un niveau d’évolution médiéval, d’où les combats à l’épée, les chevauchées sauvages et les croyances ésotériques.

Akilàm allait donc se voir flanqué d’un groupe disparate destiné à lui ouvrir l’esprit et l’aider dans sa quête : il me fallait la petite guérisseuse née de l’Asphodèle (rebaptisée quand l’aventure s’est mondialisée), un cyborg amnésique puits de science intarissable, un monstre bipolaire qui avait subi des mutations dues à la radioactivité, un homme-requin parce que depuis que je suis enfant je rêve d’avoir des branchies. Tous ces personnages n’avaient qu’un but : déconstruire les croyances d’Akilàm élevé dans un peuple moyenâgeux qui vivait en autarcie et ne croyait pas à l’existence des civilisations modernes et des océans. Au fil de l’écriture, je me suis rendu compte qu’Aloé, fille de l’air, et Ahukaï, prince des océans, avaient autant d’importance qu’Akilàm, le personnage tellurique. Ce n’était pas juste qu’ils n’aient pas droit au récit de leur enfance. Les Chroniques de Méditra sont devenues une trilogie : les « Chroniques des petits peuples du dehors », titre invendable, je vous l’accorde.

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