Artiste-auteur, un vrai métier ?

Jusqu’en 2025, la question semblait ouverte. Suspecte, même. Être artiste-auteur, c’était gribouiller beaucoup, expliquer souvent, justifier sans cesse, et découvrir avec un certain étonnement que, juridiquement, l’évidence n’en était pas tout à fait une. Produire des œuvres, générer de la valeur, cotiser, payer des charges, remplir des déclarations complexes… tout en restant dans une zone grise où le mot « métier » paraissait optionnel.

Puis est arrivé ce moment presque surréaliste, en décembre 2025 : l’Assemblée nationale a officiellement acté que, oui, les artistes-auteurs travaillent. La révélation est tardive, mais solennelle. Comme si, après des décennies (des siècles?), quelqu’un avait enfin allumé la lumière dans une pièce déjà occupée en permanence.

Il faut dire que le système avait ses habitudes. Une protection sociale gérée sans élections, des représentants désignés plutôt que choisis, des structures historiques comme l’Agessa, installées dans un rôle ambigu, à mi-chemin entre gestion privée et mission publique. Le tout accompagné de quelques détails charmants : des trimestres de retraite fantômes, des comptes inexistants, et des artistes-auteurs découvrant, parfois très tard, que leurs cotisations n’avaient pas produit les effets espérés.

Dans ce contexte, la reconnaissance du métier prend une saveur particulière. Elle ressemble moins à une innovation qu’à une mise à jour de la réalité. Comme si l’on avait longtemps considéré que créer, écrire, illustrer, composer ou photographier relevait d’une activité sympathique, vaguement artisanale, mais pas tout à fait professionnelle. Une sorte de passion tolérée, tant qu’elle ne demandait pas trop de droits en retour.

La réforme adoptée en décembre 2025[1] vient donc remettre quelques pendules à l’heure. Les artistes-auteurs pourront élire leurs représentants, ce qui constitue une avancée démocratique notable, surtout pour une profession qui existait jusque-là sans voix officielle réellement choisie. La gouvernance se clarifie, les rôles se séparent, et la protection sociale cesse progressivement de ressembler à un bricolage institutionnel hérité d’un autre siècle.

Le plus ironique reste sans doute cette formulation désormais inscrite dans la loi : les artistes-auteurs travaillent. Une phrase simple, presque banale, mais qui agit comme un aveu collectif ironique.

Oui, ils travaillaient déjà avant. Oui, ils produisaient des richesses culturelles, économiques et symboliques. Oui, ils contribuaient au rayonnement, aux catalogues, aux vitrines, aux plateformes, aux librairies et aux festivals. Il manquait seulement la reconnaissance formelle, celle qui permet de ne plus avoir à prouver l’évidence.

Bien sûr, tout n’est pas réglé. Le passé ne disparaît pas par décret, et le scandale des années perdues reste entier. Mais quelque chose a changé : la fiction administrative selon laquelle l’artiste-auteur serait un travailleur à part, presque par accident, commence à se fissurer.

En 2025, l’État a donc découvert que l’artiste-auteur exerce un vrai métier. Une annonce qui devrait rassurer ceux qui, jusqu’ici, travaillaient par inadvertance.


[1] Le 3 décembre 2025, l’Assemblée nationale a adopté l’article 5 du projet de loi réformant la gouvernance de la protection sociale des artistes-auteurs. Cet article consacre plusieurs changements majeurs, dont le rétablissement d’élections professionnelles, la clarification de la gouvernance du régime et, surtout, la reconnaissance explicite du fait que les artistes-auteurs exercent un métier relevant pleinement du droit du travail et de la Sécurité sociale.

Lien vers l’assemblée nationale : https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/17/textes/l17b1907_projet-loi?utm_source=chatgpt.com#D_Article_5

Crédits photo Wikipédia, Pixabay


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Cet article a 12 commentaires

  1. Francis B

    Francis Boyer
    je n’ai que du grand respect pour vous Laure Enza Lorenzi et tous vous amis qui écrivent .

    1. LaureEnza28

      Grand merci.

  2. Adonia C

    Adonia Catala
    Excellent! 😀 Félicitations, Laure, enfin te voilà sacrée travailleuse sérieuse ! 😅📖📚 Bisous 😘

    1. LaureEnza28

      Eh eh! Du cœur à l’ouvrage!

  3. Thelene A

    Thelene – auteur
    Et moi je viens de découvrir que l’Assemblée nationale travaille. Merci pour cette mise au point, j’ignorais totalement cette ineptie concernant les droits des auteurs.

    1. LaureEnza28

      Eh oui, je devrais mettre le lien sur le scandale de l’agessa.

  4. Mélanie R

    Melanie Rafin Auteure

    Love It Heart
    Sticker by ClaireaBella

    1. LaureEnza28

      Merciiiiiiiiii coeur aussi!

  5. Bernadette P

    Bernadette Peaquin
    moi je les vois souvent dormir ( à l’assemblée)

    1. LaureEnza28

      Tout à fait!

  6. Adèle P

    Adele Prince
    Amusant, si ce n’était pas réel ! Merci pour l’info, je ne savais pas!🧐😃👌👏

    1. LaureEnza28

      Eh oui, on croirait presque une blague!