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COULISSES

Science fantaisie?

Quand ils voient les couvertures des « Chroniques du Monde-Hors », avec des épées et des animaux fantastiques, les lecteurs pensent au premier abord que ce sont des romans de fantasy. Ce à quoi, je réponds invariablement : « Regardez, il y a une soucoupe volante, c’est de la science-fiction ! » Ce à quoi on me répond souvent : « C’est pareil non ? » Eh bien, pas vraiment!

Le terme fantasy (en anglais : fantaisie, imagination) est employé dans les années 50 en littérature pour désigner toutes sortes de récits imaginaires. C’est un reliquat des contes merveilleux d’une autre époque, Tolkien (qui a contribué à la renaissance du genre), l’appelait « faërie ». Elle présente des éléments surnaturels, elle définit les règles d’un monde imaginaire mais implicitement acceptées comme naturelles par le lecteur. La fantasy se distingue du fantastique, où le surnaturel fait intrusion dans un cadre réaliste et peut engendrer par des faits inexplicables un sentiment de malaise. De Lovecraft à Stephen King, on retrouve ce point commun, où le doute taraude le lecteur. Le genre se rapproche du répertoire de l’angoisse, voire de l’horreur. Ce qui n’est pas le cas dans l’univers de la fantasy, porteuse d’espoir et de valeurs héroïques.

Le point commun de nombreux romans de fantasy est qu’ils se déroulent dans des mondes parallèles, qui peuvent s’interpréter comme issus d’un lointain passé oublié s’inspirant du Moyen âge ou de l’Antiquité. On y croise héros, guerriers, fées et sorciers. Là, se mêlent aux cultures anciennes des éléments magiques. C’est sur ces points que mes lecteurs m’attendent au tournant : dans les “Chroniques du Monde-Hors”, il y a un univers médiéval, des guerriers qui combattent à l’épée, des héros dotés de pouvoirs psychiques et des sorcières qui guérissent des piqûres de scorpions géants. « Si ça ce n’est pas un univers fantasy, ma bonne dame ! »

Je persiste et je signe. L’univers des “Chroniques du Monde-Hors” fait partie de la science-fiction : point de magie, point de surnaturel, tout s’explique scientifiquement… ou presque. La science-fiction, comme son nom l’indique, consiste à raconter des fictions reposant sur des progrès scientifiques et techniques encore impossibles (du moins en l’état actuel de nos connaissances), obtenus dans un futur plus ou moins lointain (pour les Chroniques, 3000 ans après la 3e guerre mondiale…). Le terme “science-fiction” (SF) a été inventé en 1929 pour désigner la littérature de l’étrange qui se base sur les progrès scientifiques et qui se développait déjà au 19e siècle, dans la lignée des œuvres de Jules Verne et H.G Wells.

Dans les récits de science-fiction, l’histoire se déroule presque toujours dans le futur. Elle met en œuvre les thèmes comme le voyage interplanétaire, le voyage dans le temps, la rencontre avec des extra-terrestres, la confrontation entre l’espèce humaine et ses créations (machines ou clones), ou la catastrophe apocalyptique planétaire (nous y voilà : ces contrées qui semblent sorties de mon imagination se trouvent toutes sur une mappemonde actuelle, avec un peu plus d’océans et de déserts). Cet univers futuriste est un univers rationnel : les faits qui s’y produisent s’expliquent par des progrès scientifiques. Il peut s’agir d’humains ou d’êtres vivants ayant des connaissances, des manières de penser et d’agir différents des nôtres (comme les extraterrestres ou les robots). Les auteurs de science-fiction s’emparent des découvertes scientifiques ou des innovations technologiques : c’est ce que j’ai fait en piquant tous les « Science et Vie Junior » de mes enfants.

La plupart du temps, ces auteurs ont une idée derrière la tête: les récits de SF sont des récits exemplaires. Cela signifie que, comme les fables, ils comportent une leçon, un message destiné à faire réfléchir. Les leçons qui se dégagent des récits de SF sont le plus souvent implicites : l’auteur ne les exprime pas clairement. C’est au lecteur de les deviner à partir des comportements des personnages et du déroulement de l’intrigue. En bonne donneuse de leçons en désintox de l’enseignement, je me suis engouffrée dans le genre.

Genre souverain de la science-fiction, le roman post-apocalyptique est le lieu idéal pour placer l’homme face à lui-même. Dans un monde ravagé par une catastrophe planétaire des hommes essaient de survivre et révèlent leur potentiel ou leurs pires défauts. C’est l’occasion de réfléchir à la condition humaine, aux limites de la morale et des convictions. Dans ce genre de récits, on observe la plupart du temps une régression sociale à l’état de tribus et de nomades, voire une plongée dans la barbarie et le cannibalisme. C’est ainsi que l’imaginaire flirte avec la fantasy et trouble les lecteurs, j’avoue avoir volontairement brouillé les pistes.

C’est dans cet univers que j’ai choisi de relater les aventures de héros qui ont des dons, non par magie, mais par un incroyable développement de leur cerveau, où les monstres ne sont pas issus d’un enfer surnaturel, mais de mutations génétiques ou cybernétiques. Les humains tentent de survivre sur une planète qui a subi toutes les prévisions des écologistes de notre époque (montée des océans, trou dans la couche d’ozone, catastrophe nucléaire, pollution, etc.) La morale de l’histoire serait que, malgré tous ces avertissements, les humains continuent de perpétrer des génocides au nom de dieux improbables, que le racisme et la lutte des classes font toujours rage, que les privilégiés écrasent toujours les plus faibles. Elle va nous mettre le moral à plat, la vieille pessimiste désabusée…Heureusement, Akilàm, Ahukaï et Alöe sont là !

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