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AUTO EDITION

Pas si simple

Le livre est un produit comme un autre (quoi ? je le fais choir de son piédestal dès la première phrase ?). Le lecteur est un consommateur comme un autre, de plus en plus averti : il épluche avec soin les commentaires clients avant l’achat, de la même façon qu’on cherche le dernier Jeans à la mode ou le slip à la bonne taille, on va chercher le bouquin qui nous colle au corps et à l’âme. Dans la jungle des diffuseurs de commentaires, il y a les sites vendeurs (inutile de les citer) qui propulsent sur la voie lactée les livres commentés avec de nombreuses étoiles. Il existe aussi des sites non-vendeurs (comme Babelio, The Book Node), une sorte de catalogue social où les lecteurs échangent leur critique spontanément… ou à la demande expresse de l’auteur. En effet, j’ai constaté qu’à la fin des romans auto-édités, les auteurs n’hésitent pas à faire une piqûre de rappel en quémandant des commentaires. J’avoue, à mon corps défendant, que j’ai cédé à ce chant des sirènes, devant le manque de réactivité de mon lectorat (trop subjugué pour commenter) !

Plaisanterie mise à part, j’ai l’impression qu’en France, il n’est pas encore répandu de faire un commentaire pour un livre (nombreux sont les heureux lecteurs qui vont chez le libraire physique et n’ont pas le réflexe d’aller poster leur avis numérique). De plus, même s’il utilise la vente par correspondance, le lecteur n’est pas tout à fait un consommateur comme les autres (contrairement à ce que j’ai dit en préambule, c’est bien, il y en a qui suivent). Un produit lambda arrive chez soi (reprenons l’exemple du slip), il convient ou pas, on commente ou on proteste aussitôt sur le site de vente (j’avais commandé un tanga, pas un parachute, bla bla!). On agit différemment avec un livre: on peut le ranger dans sa PAL (pile à lire) et le reprendre plus tard, ou l’oublier, ou le lire lentement, ou par épisode, on le pose sur la table de nuit, on le lit à la plage, et on ne se connecte pas pour faire un retour cent ans après l’achat.

Alors, quand on est auteur inconnu, comment provoquer la vague de commentaires élogieux qui va propulser votre chef-d’œuvre vers « l’infini et au-delà » sans harceler votre lectorat amical qui commence à en avoir ras le slip de vos requêtes (sans bégayer) ? La plateforme « Simplement pro », vient à votre aide: elle met en relation des auteurs, des éditeurs et des chroniqueurs, avec une option gratuite, oui madame ! N’importe quel auteur peut proposer un SP (service de presse) pour une durée de 30 jours, renouvelable, modifiable, et atteindre des blogueurs, chroniqueurs de tous acabits, prêts à répandre sur les réseaux sociaux de la planète une chronique en échange d’un livre gratuit ! Chaque chroniqueur à qui on a offert son livre est susceptible d’engendrer des ventes s’il vous vante. Dit comme ça, ça fait rêver.

C’est parti, je m’inscris comme sur un site de rencontre (croyez-en ma grande expérience), je décline mon identité, choisis une photo avantageuse, recopie les liens vers mes sites pro, et sélectionne des tags qui permettent de cerner ma ligne éditoriale : #feel good, #littérature contemporaine, etc. Suivant les cases proposées, je me laisse guider, je crée mon service de presse : titre, couverture, résumé, bref, la routine. Ensuite, je peux choisir de le proposer au format numérique (dans ce cas je télécharge le fichier) ou physique (dans ce cas je posterai un livre papier). Et le tour est joué, me voilà simplement protagoniste sur la plateforme.

Ensuite, pour simplement prospérer, il faut inviter. Le chroniqueur a une fiche signalétique bien utile où il indique ses goûts (ne pas envoyer de feel-good à un amateur de thrillers sanglants, ni l’inverse!), les réseaux où il publie son article et aussi sa notation (un « score de confiance » établi par les auteurs chroniqués sur la ponctualité et la qualité des chroniques). Dans l’absolu, cela permet de cibler les meilleurs chroniqueurs qui vont vous correspondre et vous porter aux nues ! Dans la réalité, ces derniers sont tellement sollicités qu’ils ne répondront pas à l’invitation d’une illustre inconnue.

J’ai eu beaucoup de mal à trouver comment inviter les chroniqueurs: l’utilisation de l’application n’est pas très intuitive, les actions sont parfois alambiquées. Il y a de nombreux codes qu’on découvre sur le tas, aucune notice explicative n’est livrée sur le fonctionnement de « Simplement Pro ». Pense-bête à moi-même : appuyer sur les trois petits points au lieu de chercher des étiquettes, envoyer des invitations personnalisées, remercier avec effusion un chroniqueur qui prend le temps de vous répondre… (mais l’effusion vient avec naturel quand une une notification tinte divinement dans le désert de votre compte pro). Quand, dans l’effervescence des dizaines invitations envoyées comme autant de bouteilles éperdues sur les flots littéraires, un chroniqueur vient vous pêcher, je peux vous dire que vous le remerciez comme le Messie qui marche sur l’eau.

Un peu de mathématiques. Prenons l’exemple de « Souris des Villes » : j’ai 1 réponse positive (donc 1 chronique) sur mes 60 premières demandes de SP numérique et 1 réponse négative où le chroniqueur explique les raisons de son refus. Soit, 3% de réactions, encéphalogramme simplement plat pour la nouvelle venue. Lorsque je propose « Oiseau des îles » quelque temps plus tard, le ratio est quasi identique. Cela me rappelle simplement que je suis une illustre inconnue qui n’écrit ni thriller ni romance (cf les fiches signalétiques les plus courues).

Il ne faut surtout pas s’offusquer d’être ignoré par la grande majorité, c’est le pari quand on se jette à l’eau avec des milliers d’autres bouteilles et qu’on choisit la formule simplement gratuite. Les mauvaises langues diront que je ne sais pas me mettre en valeur, que mes SP (ou pire, mes petits bijoux littéraires) ne sont pas pro. J’ai une autre explication simplement pragmatique. Au moment où je propose des SP physiques, j’ai 12 réponses d’un coup donc 20% de réponses. Le Français aime le papier.

Suivant le calendrier de traitement des SP proposés (je ne donne pas de date butoir, je suis du genre simplement cool), les chroniques arrivent sur mon compte « Simplement Pro ». Sur le total de mes 12 chroniques une seule semble émaner d’un chroniqueur novice, les autres sont toutes très pro, avec une jolie mise en valeur en image et une analyse complète qui ne divulgâche rien du roman. Les chroniqueurs les diffusent soit sur leur blog, sur Insta, sur Babelio, The BookNode ou même sur Amazon. Cela me permet d’avoir des avis objectifs de la part d’inconnus (si tant est qu’un avis est 100% objectif sur un livre offert, diront les mêmes mauvaises langues)! En tout cas, ces retours me donnent du baume au cœur : mes chroniqueurs (oui, il y a un homme dans le lot donc le masculin l’emporte sur 11 femmes) ont apparemment passé un bon moment de lecture.

Mon bilan à propos de « Simplement Pro » est le suivant : ce site est facile d’utilisation une fois qu’on s’est habitué à la logique des icônes, il est gratuit et il permet de rencontrer des chroniqueurs anonymes qui parleront de votre œuvre, même s’il est impossible de quantifier les retombées de ce genre de publicité. Il est toujours agréable de recevoir un compte rendu positif de la part d’inconnus. Cependant, ce site demande beaucoup de temps et d’investissement, en énergie et en argent (l’envoi de SP physiques n’est pas anodin sur ma bourse d’auteur pas pro). Je pense qu’à l’avenir, je me bornerai à proposer simplement des formats numériques, même s’ils n’ont pas le vent en poupe. Je ne compte pas sur ce site pour me révéler au monde, mais plutôt comme un soutien occasionnel pour avoir des avis objectifs. Morale : quand on est un illustre inconnu, même pro… on le reste simplement.

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