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HUMEUR

Mésaventures d’un roman d’aventures

Après avoir écrit les innombrables aventures d’Akilàm, un personnage de fiction, je vais vous raconter les (més)aventures de son manuscrit, un objet du réel.

Nous voilà en 2008, par une belle matinée de juillet à la plage et mon portable sonne sous le parasol : c’est un appel de monsieur Stéphane M, à l’époque directeur du Maedre, la collection jeunesse de la maison d’édition l’Atalante. Il me dit qu’il a lu mon roman en 48 heures et qu’il voudrait le publier. Les bras m’en tombent (au sens figuré, hein, j’en ai besoin pour écrire encore).

Comment ce cher monsieur a-t-il obtenu mon manuscrit ? J’ai pourtant renoncé à l’envoyer à des éditeurs après les nombreuses réponses copiées-collées que j’ai reçues : « votre roman ne fait pas partie de notre ligne éditoriale » (même si j’avais pris soin de vérifier que lesdits éditeurs faisaient dans la scifi jeunesse). Bref, c’est grâce à ma première fan qui avait décidé de faire parvenir mon manuscrit en main propre à ce cher collaborateur de l’Atalante.

Une fois que j’ai récupéré ma voix, mes bras et calmé les battements de mon cœur, me voilà embarquée dans une prodigieuse aventure ! Stéphane M me renvoie mon manuscrit annoté (eh oui ! sur papier à l’époque !). Le travail éditorial commence, tel que tout auteur en rêve : Stéphane me fait des remarques toujours constructives, il écoute mes arguments, il souligne mes défauts sans me critiquer, il cède quand mes réponses sont justifiées, il me donne des astuces pour m’améliorer. Nos échanges sont passionnants ! Enfin, quand le tome 1 est au point, Monsieur M me propose avec l’accord de sa directrice, un contrat d’édition pour 2009 avec parution pour 2010 et à valoir de 3000 euros (il s’excuse presque : « cette somme est minime car c’est de l’édition jeunesse »). Bref, je nage dans le bonheur… cette maison édite Terry Pratchett, Michael Moorcock et Pierre Bordage ! Mes géants ! C’est un rêve éveillé !

Puis, nos échanges par mail se font de plus en plus rare, son téléphone devient muet (il m’a même fait le coup du « je passe dans un tunnel » !) et monsieur M disparaît de la circulation ! Mon manuscrit corrigé également. Il me faudra encore deux ans pour réussir à joindre la directrice de l’Atalante, lui expliquer mon cas (preuve à l’appui : mes innombrables courriels) et lui demander de me rendre mon roman. Nouvelle déception : madame R m’apprend qu’elle n’a jamais été prévenue d’une signature de contrat, que mon manuscrit a disparu dans des cartons de déménagement et que monsieur M les ayant quittés avec pertes et fracas, ils ont fermé leur section jeunesse (excuse polie).

Il m’a fallu dix ans pour digérer cette mésaventure, mais Akilàm est un personnage entêté, il n’a eu de cesse de donner des coups de talons pour sortir de son tiroir et mener sa quête vers la lumière. L’autoédition lui tend les bras.

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