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HUMEUR

Ma petite entreprise

Perdue dans les interrogations sur le statut juridique des auto-édités et la volonté de déclarer mes revenus honnêtement, au cas où je pondrais soudain des bestsellers, j’ai tenté l’expérience de la micro-entreprise. Je me suis dit : chouette, je vais avoir un numéro de siret, je pourrai faire des vraies factures quand j’aurais pléthore de clients. Je vais donc créer mon compte en ligne : premier piège, il faut bien penser à se connecter au site du gouvernement, www.autoentrepreneur.urssaf.fr qui n’apparaît pas du tout en première page, inondée de sites payants. Tout le monde me disait que c’était une simple formalité en quelques clics. Il faut croire que mes clics ne sont pas simples ou formels.

C’est alors que le parcours du combattant commence : essayer d’ouvrir son compte avec un numéro de sécu qui n’a pas changé depuis votre majorité (c’est à dire au siècle précédent!) mais qui n’est pas reconnu demande déjà une bonne dose de patience. Au bout de moult essais, je finis par accéder au site et faire ma déclaration. Là, autres écueils, et non des moindres : essayer d’entrer dans les cases ! Avec mon lieu de naissance à Ajaccio, qui fut jadis 20 et maintenant 2A je suis déjà en train de faire beuguer le site !

Ensuite, il faut choisir un domaine et bien entendu, parmi les cinquante mille choix entre boulangerie et sidérurgie, rien ne correspond au métier d’auteur auto-édité. Je coche « je ne sais pas », ce qui me permet de poursuivre et de choisir l’activité qui elle non plus n’existe pas, seuls sont reconnus les écrivains publics. J’arrive à écrire « auteur » pour forcer le truc. «  auto-publié » pour préciser sa nature. (En effet, un “auteur” n’a pas le droit de créer une auto-entreprise: en tant qu’artiste, il dépend de l’Agessa Association pour la Gestion de la Sécurité Sociale des Auteurs. Cependant, un auto-édité a fonction d’éditeur en sus de celle d’artiste, donc il peut !)

On me demande si j’ai une autre activité, ce à quoi je réponds évidemment oui, puisque je ne vis pas d’amour, d’eau fraîche et de redevances Amazon. On me propose de choisir l’option de régime fiscal micro : BIC (commerçant) ou BNC (libéral), mais en fait on ne peut pas choisir. Il n’y a qu’une case ! Après plusieurs pliures de méninges, je valide mon dossier et je reçois confirmation.

Ce n’est qu’à ce moment que je réalise que je dois ouvrir un compte bancaire pro et que ça coûte les yeux de la tête, à moins de prendre une de ces banques en ligne qui proposent un ersatz de compte avec 0.00002 mouvements par mois, pas de carte et pas de remise de chèque mais payant quand même! N’oublions pas que pour l’instant, que je ne suis pas encore la vendeuse des bestsellers dont je parlais plus haut. Bref, dans la réalité, on peut ouvrir un compte privé, dédié à l’activité. Ouf!

Peu après, un courrier émanant des hautes sphères m’informe de la création de ma petite entreprise et je suis toute ravie de mon numéro de SIRET. C’est alors que je suis prise dans un tourbillon administratif que je ne comprends pas et que les administrations ne comprennent pas non plus quand je leur téléphone en numéro toujours surtaxé (bah, oui, il y a bien un numéro gratuit, mais c’est la dame du numéro surtaxé qui me l’a donné en fin de conversation car elle ne savait pas quoi faire de mon cas).

La CPAM me considère maintenant comme travailleur indépendant à part entière (quid de mon activité salariée principale ?) et me demande de déclarer chiffre d’affaire et cotisations auprès de l’URSSAF avec un code APE qui relève du BIC (bénéfices commerciaux), les impôts me contactent au même moment et me donnent un code APE qui me permet de déclarer au titre du BNC (bénéfices non commerciaux) vous ne comprenez rien? C’est Normal! (en vrai, le code APE c’est 9003B: autre création artistique).

Je dois également déclarer aux impôts mon lieu d’activité (ça va être pratique entre la plage, le bateau, le train, le métro, la montagne, les bars, les salles d’attente, l’avion… soit je vais passer pour SDF soit pour ISF ?)

Je pense qu’il y a un hiatus entre mon activité (écrire des livres), celle d’Amazon (imprimer et vendre mes livres) et mon activité de vendeuse à la criée sur les salons (harceler le client pour vendre mes livres!). Je dois déclarer mon chiffre d’affaire: les 15 euros que vaut chaque Souris (qui me rapporte en vrai 2 euros et des poussières), somme virtuelle pour laquelle je serai imposée à taux plein ! Je suis nulle en math, mais je pense que mes impôts vont être plus élevés que mes gains au réel !

Bref, au bout de deux mois, mon compte URSSAF en ligne est enfin activé et mon numéro de sécu reconnu (ouf, je me croyais invisible) . Je vais pouvoir connaître le montant des cotisations et contributions sociales (surtout celles destinée à la formation en entreprise ah ah) à payer (22% pour les ventes en dédicaces, 12.8% pour les redevances Amazon), puis calculer le montant des prélèvements de l’impôt. Quand je serai en haut de l’affiche, je me payerai aussi un comptable!

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