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ARTISTES

L’école qui rend fou

Dans “Souris des Villes”, l’héroïne est une femme solitaire qui a des a priori sur la collectivité en général et sur le système scolaire en particulier! Dans son esprit elle compare l’école à la “Nef des fous”… mais qu’en est-il vraiment de ce tableau de Bosch? Vous voulez voir?

Ange compare l’école maternelle à une « Nef des fous » miniature : « Un huis-clos où tous les défauts en gestation se développent et vous bombardent, où l’innocence des chères têtes blondes n’est qu’un leurre. Un endroit où personne n’est à l’abri. » C’est une interprétation très personnelle et très laïque de ce tableau du XVe dont voici quelques ajustements historiques.

Jérôme Bosch (1450-1516)
On pourrait penser que « La nef des fous » est une interprétation picturale du poème satirique du même nom de Sébastien Brant (1494). Certes, le peintre semble capturer le pèlerinage d’êtres délirants destinés à la vie errante de ceux qui ne coïncident pas avec le schéma de la raison collective et doivent être rejetés. À l’instar des artistes de son temps qui dénoncent la folie dans les contes, les farces, Bosch représente la folie comme une perte des repères. Sur une nef à la dérive, (qui rappelle ces vrais navires de pèlerins où on excluait les fous à l’époque), une assemblée hétéroclite festoie et se dispute. Pourtant, le peintre ne se limite pas à cette condamnation collective de la folie. Sur la droite, un homme vomit, vision qui renvoie à la nausée caractérisant les damnés dans l’univers pictural de l’artiste. Les significations ésotériques foisonnent et je ne me lancerai pas dans leur analyse exhaustive, mais je retiens l’allusion à l’arbre de la connaissance qu’un fou s’apprête à détacher du mât.
À l’époque de Jérôme Bosch, les conflits sociaux sont à leur apogée et la religion vit une crise profonde. Au moment où la peinture florentine crée l’esthétique de la Renaissance, la peinture flamande reste fidèle à la tradition religieuse même si celle-ci subit une crise fondamentale dont Bosch fait écho dans ses œuvres. La « Nef des fous », en allant plus loin que l’aspect grotesque qu’elle dégage au premier abord, est une critique de la folie des hommes qui perdent leurs repères religieux. Bosch nous donne son regard, non pas sur le sort de quelques fous qui divaguent sur l’océan, mais sur le monde de l’époque. Il critique les mœurs dissolues du clergé, la débauche de la vie monastique et la folie humaine qui cède aux vices. Avec ce tableau, il ne se contente pas d’une représentation burlesque de la folie, il met en garde contre la perte des valeurs ecclésiastiques, la négligence des hommes à l’heure du déclin du Moyen Âge.

Il va de soi qu’Ange laisse de côté l’aspect religieux pour s’attacher au sentiment de folie claustrophobe que lui provoque la vision de l’école qui enferme les enfants et navigue à vue au gré des soubresauts de ses dirigeants. Je rappelle qu’Ange est asociale (oups !).

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